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EthicHum 2026:


« Médiation scientifique et circulation des savoirs en société :quels enjeux épistémologiques, politiques et éthiques pour le chercheur en SHS ? »


La médiation scientifique occupe aujourd’hui une place centrale dans la circulation des savoirs entre le monde académique et la société. Encouragée par les institutions de recherche, les politiques publiques et les attentes sociales, elle s’impose de plus en plus comme une dimension incontournable du métier de chercheur. Concours de vulgarisation (3 MT, Ma Thèse en 180 secondes, Dance your PhD), conférences-performances, blogs scientifiques, podcasts, expositions,interventions dans les médias, ateliers avec des publics scolaires ou associatifs : les formes de médiation se multiplient et diversifient les manières de rendre les savoirs accessibles pour des publics variés.
L’école d’été 2026 invite les doctorants et doctorantes des ED 58 et 60 à interroger les enjeux de la médiation scientifique : ses modalités, les responsabilités qu’elle implique pour les chercheurs et chercheuses.

 

1. Questions de définition


La médiation scientifique suppose une interaction sociale dans l’espace public : elle désigne tout type d’action visant à diffuser à la société de manière accessible des savoirs issus de la recherche scientifique.
Le site de l’IUF définit les critères d’attribution d’une chaire « Médiation scientifique » de la manière suivante : « projet visant à développer les relations entre les établissements d’enseignement supérieur et de recherche et la société, dans le but d’éclairer les citoyens et le débat public sur les grands enjeux sociétaux selon une logique de culture et de démarche scientifiques. Les projets identifiés peuvent associer des partenaires reconnus (centres de culture scientifique, technique et
industrielle, maisons pour la science, musées, médias, associations, etc.) et créer des démarches de recherche participative avec des citoyens et/ou des décideurs publics » (site de l’IUF : https://www.iufrance.fr/campagne-de-selection-des-nouveaux-membres-iuf.html)


Gaïd Andro propose la typologie suivante, qui montre qu’il y a plusieurs manières de faire de la médiation scientifique :


La médiation se pensant en fonction des résultats de la recherche
 

La médiation se pensant en fonction des pratiques de la recherche 

Pour Gaïd Andro, la médiation ne doit pas être envisagée comme un « à-côté » de la recherche, mais comme recherche en tant que telle, d’un point de vue épistémologique. Elle touche à des questions éthiques, car en tant que chercheurs et chercheuses rémunérés par l’argent public, nous ne pouvons faire l’économie d’interroger l’utilité publique et sociale de notre recherche.


2. Le chercheur comme médiateur ?
 


L’émergence et la généralisation de la médiation scientifique transforment en profondeur la figure du chercheur et la définition même de son métier. Elle implique, pour le chercheur, des enjeux de positionnement et d’identités professionnelles. Longtemps centré sur la production de connaissances au sein de l’université ou du laboratoire, le chercheur est désormais de plus en plus sollicité - voire sommé - de prendre part à leur diffusion, leur explicitation et leur mise en débat dans l’espace public. Cette évolution invite à réfléchir à ce que signifie aujourd’hui être chercheur : producteur de savoirs, mais aussi médiateur, traducteur, voire acteur du débat public.
Se penser comme médiateur implique pour le chercheur un déplacement de posture. Il ne s’agit plus seulement de produire des connaissances destinées à ses pairs, mais également de réfléchir aux conditions de leur circulation et à leur réception par des publics variés. Cette transformation pose plusieurs questions : la médiation scientifique doit-elle être considérée comme une dimension constitutive du métier de chercheur ? Est-elle une mission secondaire, un supplément facultatif, ou
une responsabilité professionnelle à part entière ? Comment articuler exigence scientifique et exigence de communication ?


3. Que devient le savoir lorsqu’il sort du laboratoire et de l’université ?


Cette question conduit à étudier les transformations et reconfigurations qui accompagnent la circulation des savoirs dans l’espace social, notamment les opérations de traduction et de mise en récit. La médiation scientifique produit-elle de nouveaux types de savoirs ? En dehors des cercles académiques le savoir peut devenir une ressource pour l’action (politiques publiques, militantisme, entrepreunariat), il peut être mobilisé comme expertise dans des débats médiatiques ou comme outil critique par des collectifs citoyens.
La circulation des savoirs hors de l’université peut également avoir un effet en retour sur la production scientifique car les chercheurs peuvent adapter leurs recherches en fonction des attentes sociales ou médiatiques, de nouvelles collaborations peuvent émerger avec des acteurs non académiques (expériences de co-construction, hybridations recherche et spectacle vivant par exemple, décloisonnement disciplinaires : voir la thèse de Florence Vigneron), la médiation peut devenir une dimension constitutive du processus de recherche, de nouvelles manières de pratiquer la recherche peuvent émerger (recherche participative, conférences performées, spectacularisation du discours théorique lorsque le discours théorique n’est plus simple entour de l’œuvre mais œuvre à part entière comme chez l’autrice-chercheuse Olivia Rosenthal par exemple).
Si la médiation scientifique est souvent présentée comme un vecteur de démocratisation des savoirs, elle soulève aussi de nombreux enjeux éthiques. La traduction des connaissances pour des publics non spécialistes implique nécessairement des choix : sélection, simplification, storytelling.
Ces processus posent la question de la fidélité aux savoirs produits et des risques de déformation, de mésusage ou d’instrumentalisation. Comment éviter la simplification et le sensationnalisme ?
En SHS ces enjeux sont particulièrement sensibles. Les savoirs diffusés peuvent avoir des effets sur les représentations sociales, les politiques publiques, les rapports de pouvoir ou sur les groupes étudiés eux-mêmes. La médiation scientifique engage donc la responsabilité des chercheurs.


4. Médiation scientifique et doctorat


Pour les doctorant·e·s, la médiation scientifique représente à la fois une opportunité (valorisation des travaux, ouverture vers la société, développement de compétences) et une contrainte potentielle (en termes de temps, de reconnaissance institutionnelle).
Comment les jeunes chercheurs sont-ils formés, quelles pratiques développent-ils, quelles tensions rencontrent-ils, et quels effets cela produit-il sur leur rapport au savoir et à l’institution ? Comment le doctorat prépare-t-il (ou non) les doctorant.e.s à la médiation scientifique et comment cette dernière transforme-t-elle les pratiques, les identités et les responsabilités des jeunes chercheurs ?
La médiation est-elle reconnue dans le parcours doctoral ? La médiation scientifique peut-elle être envisagée comme une voie professionnelle après le doctorat : médiation culturelle, animation ?


Toutes les formes de contribution sont bienvenues. Les enseignants-chercheurs et les doctorant·e·s peuvent présenter leurs travaux, réflexions ou expériences sous différents formats, selon leurs intérêts et pratiques. Parmi les possibilités :
 

L’objectif est de valoriser la pluralité des approches et des pratiques, de stimuler la créativité et d’encourager la réflexion sur la circulation des savoirs, les enjeux éthiques et la posture du chercheur face aux publics.

 
Notions connexes et mots-clés : Recherche participative/recherche action/vulgarisation/ communication scientifique/valorisation/diffusion, circulation, appropriation, partage des savoirs/éducation populaire/science citoyenne/dialogue science-société


Bibliographie indicative :
 

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